En s'éloignant du jeu de conduite pure pour développer toujours plus la partie action / destruction (quitte à ce que certains qualifient le titre de "bourrin"), le dernier épisode de la série continue d'affirmer son identité, unique dans le paysage vidéo-ludique. Et se révèle, une fois de plus, irrésistible.

Lors d'une présentation de Black, le nouveau FPS de Criterion Studios, à l'E3 dernier, nous avions un peu mieux compris le genre de développeur à qui nous avions affaire. Couilles en avant, Alex Ward, "directeur créatif", et Jeremy Chubb, producteur, revendiquaient sans honte et sans retenue leur envie de "tout péter", de transformer le jeu d'action subjective en ce qu'il devrait toujours être : un espace hors-la-loi dans lequel seraient possibles tous les excès et toutes les pulsions destructrices.

Mais Black, c'est une expérience nouvelle, une rare aventure sur le terrain beaucoup plus glissant de la "nouvelle IP" comme disent les américains (IP = propriété intellectuelle). La franchise-phare du studio reste Burnout, jeu de conduite atypique où l'on encourage et récompense les prises de risque. Et avec le temps, il est intéressant de noter que l'atmosphère générale des deux jeux devient de plus en plus similaire au fur et à mesure des itérations. L'année dernière, pour la sortie du justement nommé Burnout 3 : Takedown, on invitait le joueur à envoyer ses adversaires dans le décor. La quatrième version sortie récemment sur Xbox et PS2 va encore plus loin et joue sur le thème de la revanche avec une différence notable : il est désormais possible de percuter sans problèmes le trafic, à condition qu'il aille dans le même sens que votre véhicule.

La réaction initiale est l'incompréhension, voire le rejet. Le slalom TGV entre les gentils automobilistes, source inépuisable d'adrénaline, perd une grande partie de son intérêt. Et pourtant, on est toujours autant aussi accro. Pourquoi ? Parce que si Burnout : Revenge était un jeu de conduite pure, ça se saurait. Bien sûr, le jeu propose des épreuves éparses de course contre la montre, et un bon dérapage reste un atout majeur lorsque l'on veut améliorer son temps et décrocher les médailles les plus prestigieuses. Mais Burnout, c'est avant tout le mode Road Rage, nécessitant d'accumuler les takedowns, le mode Crash, dans lequel le joueur doit provoquer l'accident le plus spectaculaire, ou le mode Eliminator, jeu de sièges baquets musicaux dans lequel on élimine régulièrement le dernier du classement. Evidemment, tous les coups sont permis pour passer devant son adversaire. Et même si un poteau ou un mur se précipite à votre rencontre, tout n'est pas perdu : un coup d'aftertouch ou un crashbreaker bien placé (dans certaines courses) permet d'entraîner ses petits camarades dans sa chute. Vicieux, mais tellement réjouissant.

Maintenant, il faut être honnête. Mis à part quelques améliorations mineures (raccourcis, circuits à niveaux multiples permettant des possibilités de saut intéressantes, fonctionnement légèrement différent du mode crash...), l'édition 2005 reste, en grande partie, la même que celle de l'année dernière. Ce qui prouve que les raffinements apportés au gameplay, si petits soient-ils, vont dans le bon sens, car Burnout Revenge s'impose sans mal comme le meilleur titre de la série. En s'éloignant petit à petit de ses origines de jeu de sport mécanique, Burnout a créé son propre genre, inédit, excitant et super efficace. Conduite'em up ? Action / pilotage ? A moins qu'il ne s'agisse tout simplement d'un petit-fils de l'antique Destruction Derby. Peu importe. Seul compte le fait qu'un an après Takedown, un nouveau titre de la série Burnout se révèle encore une fois irrésistible.