Sitôt sorti, le titre voit son trailer officiel, apparemment jugé trop violent, disparaître des sites américains. La réputation du jeu, déjà sulfureuse, en prend un nouveau coup (de pub ?), même si l'humour gore promis par les créateurs semble toujours bien présent.
L'email envoyé hier par le développeur Bethesda à certains magazines en ligne n'offre aucune explication spécifique, leur ordonnant simplement de "retirer immédiatement" les bandes-annonces officielles de Fallout 3 des pages de leurs sites "en accordance avec les règles de l'ESRB", l'organisme américain chargé de la classification des jeux vidéo. D'après le site web de l'organisation, ces règles stipulent entre autres que toute publicité doit être conçue "de manière responsable et dans le respect du public", dépourvue en particulier de contenu capable "de heurter la sensibilité du consommateur moyen". La formulation a conduit de nombreux magazines à soupçonner la bande-annonce diffusée lors du dernier E3, celle-ci n'hésitant pas à montrer explosions de têtes au ralenti et corps désintégrés. Bethesda s'était par ailleurs déjà heurté à l'ESRB en 2006. Deux mois après la sortie d'Elder Scrolls IV : Oblivion, l'organisme avait en effet reclassé le titre "Pour adultes" au lieu du "Pour adolescents" attribué initialement après la découverte de séquences "plus sanglantes que celles qui avaient été déclarées à l'origine".

Ce n'est pas la première fois que le contenu et/ou les thèmes de Fallout 3 dérangent. Début juillet, l'OFLC, l'organisme de classification australien, avait annoncé refuser la sortie du jeu sur le territoire car celui-ci "encourageait la prise de drogues illicites" et réelles telle que la morphine, utilisée par le joueur pour atténuer la douleur causée par ses blessures. L'affaire s'était soldée quelques semaines plus tard par la création d'une version modifiée incluant cette fois des noms de drogues fictives. Tout récemment, cependant, ce sont des panneaux publicitaires placés dans le métro de Washington D.C. qui ont fait parler d'eux. Dépeignant des scènes post-apocalyptiques montrant certains des monuments-phares de la ville en ruine (le jeu lui-même se déroule également dans la capitale américaine), les images font visiblement leur effet, parfois négatif. "Les citoyens de notre ville n'ont pas besoin qu'on leur rappelle tous les jours que Washington serait la cible idéale pour une éventuelle attaque, regrette un lecteur du Washington Post. Nous n'avons pas besoin qu'on nous rappelle constamment de quoi sont faits nos pires cauchemars". A sa décharge, il ne semble pas être le seul à voir dans ces images le spectre de la menace terroriste ; il y a quelques mois, l'une des esquisses conceptuelles du jeu, montrant les environs de Washington D.C. en ruines, avait été découverte sur un forum jihadiste par un service de renseignements privés.

Bethesda ne semble pas concerné outre mesure par ces réactions, confiant au quotidien avec un rire que la campagne "attire clairement l'attention des gens". Dans ce sens, certains remarquent que cette nouvelle opération d'autocensure, à l'encontre d'une bande-annonce téléchargeable librement depuis des mois sans qu'elle ait apparemment choqué qui que ce soit, constitue une publicité fantastique alors que le jeu fait désormais son apparition chez les revendeurs américains. Le studio déclare cependant ne pas reculer devant ce qu'il qualifie de "responsabilité sociale" lorsqu'il s'agit de violence, fut-elle virtuelle. Dans un article écrit récemment pour le magazine Next Generation, Emil Pagliarulo, designer principal de Fallout 3, révèle ainsi que l'équipe a décidé très tôt d'interdire au joueur la possibilité d'attaquer des personnages mineurs, ce qui était apparemment possible dans les précédents volets de la série. Parlant d'une "limite [que le studio] ne voulait pas dépasser", le responsable décrit ce genre de situations à priori tabous comme "gratuites, inutiles et cruelles" – même si Fallout 3 n'a visiblement rien perdu pour autant de son humour gore. "Parfois vous tirez dans la tête d'un type et elle n'explose pas ; elle se détache complètement, explique le designer. Est-ce que c'est réaliste ? Non, c'est drôle, et c'est pour ça que c'est cool".